KiXiT AiNous contacter
Les ressources

Fiche d’orientationEau, électricité, CO₂Chiffres arrêtés à l’été 2026

Ce que l’IA consomme vraiment,
et ce sur quoi vous pouvez agir.

Trois ressources, cinq niveaux de zoom. On part de la méthode, on descend jusqu’à l’action unitaire, on remonte jusqu’au bilan mondial, et on termine par les seuls chiffres qui servent à décider : ceux du quotidien.

  1. 00Lire les chiffres
  2. 01L'IA générative
  3. 02Face aux autres usages
  4. 03Face aux autres industries
  5. 04Ordres de grandeur

Partie 00

Avant tout chiffre : savoir ce qu’il mesure

Presque toutes les contradictions entre articles viennent des périmètres retenus. Deux chiffres justes peuvent différer d’un facteur 100 et rester tous les deux exacts. Voici, pour chaque ressource, les distinctions à poser avant d’en discuter.

Prélèvement

L'eau puisée

Pompée dans le réseau, la nappe ou la rivière. Une large part est restituée, plus chaude et plus salée. C'est le chiffre le plus gros, donc le plus cité.

AIE, Energy and AI, 2025

Consommation

L'eau évaporée

La part perdue pour le bassin local, partie en vapeur dans les tours de refroidissement. Environ 80 % du prélèvement sur site, contre 10 % pour un usage domestique. C'est le seul chiffre qui compte pour un territoire.

AIE, Energy and AI, 2025 ; part domestique : ADEME, 2024

Eau indirecte

L'eau de l'électricité

Celle mobilisée pour produire le courant, plus celle de la fabrication des puces. Aux États-Unis elle pèse environ 12 fois l'eau du refroidissement : les deux tiers de l'eau du numérique se consomment hors du datacenter.

Lawrence Berkeley National Laboratory, 2024, parc américain

Exemple concret : Google annonce 0,26 mL par requête Gemini, Mistral annonce 45 mL. Facteur 170. Les deux disent vrai : le premier compte le refroidissement, le second y ajoute l'électricité et le matériel.

Le point aveugle

Global faible, local décisif

C'est la clé de tout le dossier. Les datacenters pèsent 0,015 % de l'eau douce mondiale et 1,5 % de l'électricité, et 38 % du parc américain se trouve en zone de stress hydrique élevé, comme deux tiers des sites lancés depuis 2022. À The Dalles, en Oregon, un seul site représente près de 40 % de l'eau de la ville. Ce qui se joue dans une vallée se mesure à l'échelle de la vallée.

Parts mondiales : FAO AQUASTAT 2022 et AIE 2025. Stress hydrique du parc américain et cas de The Dalles : relevés publics repris par la presse, source primaire à reconfirmer

Lecture médiatique

Trois mécanismes récurrents

  • L'extrapolation anciennele « dix fois une recherche Google » croise une déclaration prudente de 2023 et un chiffre de blog de 2009.
  • L'erreur non corrigéel'heure de Netflix à 3,2 kg de CO₂ reposait sur une confusion entre bits et octets, facteur 8, reconnue dès 2020. Le chiffre circule encore.
  • Le glissement d'unitéune étude mesure 50 cL pour 10 à 50 réponses, la reprise en fait 50 cL par requête.

Les risques réels, ceux dont on parle le moins

Les volumes globaux se relativisent, et les enjeux les mieux documentés se trouvent ailleurs : la concurrence d'usage locale sur l'eau et le foncier ; la pollution chimique des purges de refroidissement, chargées en sels et en biocides ; la fabrication en amont, avec l'eau ultrapure des fonderies (TSMC : 101 millions de m³ en 2023), les PFAS, les solvants et l'extraction minière ; le décalage de calendrier entre un datacenter qui se construit en 24 à 36 mois et un réseau qui se renforce en 5 à 10 ans ; et aux États-Unis, le report de fermetures de centrales fossiles pour absorber la demande.

TSMC, rapport de durabilité 2023 ; délais de raccordement : RTE, Bilan prévisionnel 2025-2035. Report de fermetures : relevés publics, source primaire à reconfirmer

Partie 01

L’IA générative : par action, puis par milliards d’actions

Une requête coûte très peu. Des milliards de requêtes coûtent beaucoup. Les deux affirmations sont vraies, et c’est leur produit qui compte. Base de calcul retenue pour l’heure d’usage : 20 requêtes actives, hypothèse explicite et discutable.

Une requête, refroidissement0,26 mLGemini, méthodologie publiée par Google, août 2025
Une requête, périmètre élargi45 mLMistral, électricité et matériel inclus, 2025
Une heure d'usage actif≈ 25 mL20 requêtes, eau indirecte incluse : reconstruction
Tous datacenters, monde560 Md LAIE, Energy and AI, 2023, dont l'IA est une fraction

Une heure d'IA générative consomme à peu près l'équivalent d'une gorgée d'eau. L'ordre de grandeur devient significatif à l'échelle de milliards d'heures, et surtout dans le bassin où le site est implanté.

Trois ans d'évolution

L'effet ciseau

  1. 2023, estimation par déduction≈ 3 Whde Vries, 2023
  2. 2024, estimations sectorielles≈ 1 Whmoyenne des estimations publiées
  3. 2025, mesure publiée par Google0,24 WhGoogle, arXiv:2508.15734

Google déclare avoir divisé par 33 l'énergie par requête en douze mois. Dans le même temps, la consommation des datacenters orientés IA a bondi de 50 % sur la seule année 2025. L'efficience unitaire s'effondre, le volume explose, et le total monte quand même : c'est l'effet rebond, et c'est le vrai sujet.

Ce qui manque

Le dénominateur manquant

Aucun fournisseur ne publie son volume total de requêtes. Sans ce nombre, personne, y compris les auteurs des études les plus sérieuses, ne peut calculer l'impact agrégé réel de l'IA générative. Toutes les estimations globales qui circulent reposent sur des hypothèses de volume.

Seul Google publie sa méthodologie de mesure unitaire. Les chiffres d'OpenAI et de Mistral sont des communications d'entreprise, non auditées : ils se citent pour ce qu'ils sont.

Partie 02

Une heure d’IA face à une heure de vos autres usages

C’est ici que la hiérarchie s’inverse par rapport au discours ambiant. La comparaison n’est honnête qu’à une condition : compter aussi le terminal, car c’est très souvent lui qui domine.

  1. Jeu vidéo sur PC gaming405 Whdatacenter 5 Wh · terminal 400 Wh
  2. Streaming vidéo 4K sur téléviseur150 Whdatacenter 40 Wh · terminal 110 Wh
  3. Streaming vidéo HD sur téléviseur77 Whdatacenter 22 Wh · terminal 55 Wh
  4. Visioconférence sur ordinateur portable50 Whdatacenter 15 Wh · terminal 35 Wh
  5. Recherche web, 30 requêtes44 Whdatacenter 9 Wh · terminal 35 Wh
  6. IA générative, 20 requêtes41 Whdatacenter 6 Wh · terminal 35 Wh
  7. Réseaux sociaux sur smartphone15 Whdatacenter 5 Wh · terminal 10 Wh

Base : 2 L/kWh pour l'eau directe et indirecte, 445 gCO₂/kWh pour le mix mondial. Le terminal est estimé pour un ordinateur portable (35 Wh), un téléviseur (55 Wh), un smartphone (10 Wh) et un PC gaming (400 Wh). Reconstruction explicite à partir des sources primaires.

Le résultat qui surprend le plus

Une heure de jeu sur un PC gaming consomme environ 70 fois plus d'électricité qu'une heure d'IA générative côté datacenter. Une heure de streaming vidéo sur téléviseur, environ 13 fois plus. Et dans les deux cas, l'essentiel se joue dans le salon, pas dans le datacenter. Le poste que l'on montre du doigt est rarement celui qui pèse.

Rapport des valeurs du tableau ci-dessus : reconstruction du cabinet

Et cumulé sur tous les utilisateurs ?

Le classement change encore, parce que le nombre d’utilisateurs et la durée d’usage prennent le dessus sur l’intensité unitaire. Voici la charge des datacenters mondiaux, par famille d’usage.

415TWh par an

  1. Cloud et informatique d'entreprise35 %≈ 145,3 TWh
  2. Streaming vidéo et CDN20 %≈ 83 TWh
  3. IA générative15 %≈ 62,3 TWh
  4. Réseaux sociaux et recommandation10 %≈ 41,5 TWh
  5. Recherche et indexation8 %≈ 33,2 TWh
  6. Stockage, chaud et froid7 %≈ 29,1 TWh
  7. Courriel, messagerie, visioconférence5 %≈ 20,8 TWh

Estimation reconstruite à partir des parts de trafic et de charge de calcul : c'est un ordre de grandeur, et le repère IA est le seul ancré sur une source primaire (AIE : 15 % de l'électricité des datacenters en 2024).

Hors classement

Le Bitcoin, absent de tous les débats

Environ 120 TWh d'électricité par an, 2 237 milliards de litres d'eau et 40 Mt de CO₂e, pour un calcul dont l'unique fonction est de sécuriser un registre de transactions. En eau, il pèse quatre fois l'ensemble des datacenters de la planète. En électricité, autant que tous les réseaux télécoms mondiaux. Il apparaît rarement dans les articles consacrés à l'empreinte de l'IA.

Source : Cambridge CBECI 2025, de Vries 2024.

Partie 03

Le numérique face aux autres industries

Dernier dézoom. Sur les trois ressources, le numérique existe dans le bilan mondial, et il y reste un poste parmi d’autres.

4 000km³ par an

  1. Agriculture et irrigation71 %≈ 2 840 km³
  2. Usages domestiques et municipaux13 %≈ 520 km³
  3. Industrie et énergie, hors textile et numérique≈ 14 %≈ 560 km³
  4. Textile et mode2 %79 à 93 km³

Prélèvements d'eau douce mondiaux. Source : FAO AQUASTAT, 2022. Le textile et le numérique se découpent à l'intérieur du bloc industrie et énergie : le total reste à 100 %. La part « Numérique et datacenters » passe sous 0,5 % : sa barre est tracée au minimum lisible, sa valeur exacte se lit dans la liste.

Part du numérique · eau0,015 %des prélèvements mondiaux d'eau douce · FAO, AIE
Part du numérique · électricité≈ 4 %terminaux et réseaux inclus · datacenters seuls : 1,5 %
Part du numérique · CO₂2,1 à 3,9 %des émissions mondiales de GES · datacenters seuls : ≈ 0,5 %

À retenir : sur les trois ressources, le numérique complet se situe dans le même ordre de grandeur que l'aviation commerciale. C'est un secteur qui compte, et la décision se joue ailleurs.

Partie 04

Où se trouve réellement votre marge d’action

Une heure d’IA générative, placée sur la même échelle que les gestes du quotidien. L’échelle est logarithmique : chaque graduation vaut dix fois la précédente, sans quoi la ligne de l’IA tiendrait dans l’épaisseur du trait.

  1. 1 h d'IA générative, mix français0,25 gCO₂e≈ 1 m en voiture
  2. 1 h d'IA générative, mix mondial2,7 gCO₂e≈ 13 m en voiture
  3. 1 h de streaming vidéo HD36 gCO₂e≈ 168 m
  4. 1 h de jeu sur PC gaming180 gCO₂e≈ 840 m
  5. 1 h de cuisson au four890 gCO₂e≈ 4,2 km
  6. 10 km en voiture thermique2 140 gCO₂e10 km
  7. 1 tee-shirt en coton5 000 gCO₂e≈ 23 km
  8. 1 steak de bœuf de 100 g6 000 gCO₂e≈ 28 km
  9. Fabrication d'un smartphone50 000 gCO₂e≈ 234 km
  10. 1 aller-retour Paris-New York en avion1 000 000 gCO₂e≈ 4 670 km

gCO₂e, échelle logarithmique : chaque graduation vaut dix fois la précédente.

Facteur de conversion retenu pour la voiture : 214 gCO₂e par kilomètre, voiture thermique moyenne, amont carburant inclus et fabrication du véhicule exclue. Ces conversions sont pédagogiques : elles donnent une intuition d'échelle, et la mesure reste dans les tableaux.

Marge d'action réelle

Les trois leviers qui pèsent

  • Garder ses appareils plus longtemps.Environ 80 % de l'impact d'un terminal est déjà joué à sa fabrication. Passer de deux à quatre ans d'usage divise cet impact par deux, à usages inchangés. (ADEME et ARCEP, Évaluation de l'impact environnemental du numérique en France, 2024.)
  • Réduire la viande et les textiles neufs.Un steak de 100 g de bœuf pèse autant que 2 000 heures d'IA générative en CO₂. Un tee-shirt en coton, autant que 100 000 heures en eau. (Bases ADEME Agribalyse et Water Footprint Network, rapportées aux valeurs reconstruites de cette fiche.)
  • Regarder ses déplacements.Dix kilomètres en voiture thermique équivalent à environ 800 heures d'IA générative.
Effet marginal

Les gestes dont l'effet reste symbolique

  • Nettoyer sa boîte de courriels.L'effet climatique est marginal et documenté comme tel : le stockage représente environ 0,5 % du cycle de vie d'un courriel. L'ADEME a réorienté ses recommandations en conséquence. (ADEME, 2025.)
  • Renoncer à quelques requêtes.Économiser cent requêtes équivaut à sept mètres de voiture en moins.
  • Ce qui produit un effet réel.Baisser la définition d'un streaming sur grand écran, ou éteindre le PC gaming : dans les deux cas, le terminal domine.

La formulation à retenir quand la question arrive

« Vous avez raison, cela consomme, et la croissance est le vrai sujet. Maintenant, une heure d'IA équivaut à treize mètres en voiture, et votre steak de ce midi à vingt-huit kilomètres. Si l'objectif est de réduire son impact, le levier se trouve ailleurs : là où on implante les datacenters, et pendant combien d'années on garde son matériel. »

Traçabilité

Sources et niveau de confiance

Chaque donnée de cette fiche porte son statut : établi, déclaratif, ou reconstruit ici. Le statut se conserve à la reprise.

DonnéeSource primaireStatut
560 milliards de litres, 415 TWh, 180 Mt CO₂ pour les datacentersAIE, Energy and AI, avril 2025 et mise à jour 2026Établi
Répartitions mondiales par secteurFAO AQUASTAT, AIE, UNEP Emissions Gap Report 2025Établi
États-Unis, 176 TWh et 4,4 % de l'électricité nationaleLawrence Berkeley National Laboratory, 2024Établi
France : raccordements, mix électrique, facteurs d'émissionARCEP 2024, RTE Bilan prévisionnel 2025-2035, ADEME 2025Établi
0,26 mL, 0,24 Wh, 0,03 gCO₂e par requêteGoogle, arXiv:2508.15734, août 2025Déclaratif, méthodologie publiée
0,34 Wh par requête ChatGPT, 45 mL par requête MistralOpenAI, Mistral, 2025Déclaratif, non audité
Heure de streaming à 36 gCO₂AIE, correction de novembre 2020Établi, révision documentée
Bitcoin : 120 TWh, 40 Mt CO₂e, 2 237 milliards de litresCambridge CBECI 2025, de Vries 2024Établi, incertitude large
Ventilation par usage applicatif, conversions horairesReconstruction à partir des volumes sourcés (20 requêtes par heure)Estimation raisonnée
Stress hydrique du parc américain, cas de The Dalles, entraînements de GPT‑3 et de BLOOM, PUE du parc mondial, part de l'énergie grise sur Jean ZayRelevés publics repris de seconde mainSource primaire à reconfirmer avant réemploi hors de cette fiche

Solidité de l’ensemble : 5 sur 7

Les totaux mondiaux et nationaux convergent entre l'AIE, le Berkeley Lab, la FAO, RTE et l'ADEME. Les ventilations par usage applicatif et les conversions horaires sont reconstruites, et signalées comme telles. Les chiffres par requête restent déclaratifs, et l'absence de volumes publiés interdit tout calcul agrégé fiable pour l'IA générative.